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Musiques

  • Lilimarche, chansons pop élégantes

    Fin avril. Ne te découvre pas d'un fil dit le dicton. Et il n'a pas tort. On se pèle. Winter is coming, Game Of Thrones reprend. c'est cohérent. Certes. Mais quel rapport avec Lilimarche? Aucun. Que les choses soient claires.  Comme le disait le Maître, Hunter S Thompson, le Docteur Gonzo en personne, faisons acte de subjectivité absolue. Soignons le contexte, l'environnement général. L'ambiance. Peut-être fait-il froid parce que Prince est mort. Parfois, il neige en avril... Tu le vois le lien... Certes, mais Lilimarche dans tout ça? Et quel rapport avec Prince? A priori aucun.

    Sauf que...

    Sauf que mercredi dernier j'étais au Studio des Variétés. Pour un apéro-concert. J'aime bien le concept, soit dit en passant. Showcase en tout petit comité, façon amis choisis par Montaigne et La Boétie, que des passionnés de musique, de son, de trucs indé. Bref, bonne compagnie. Pour un petit concert de Lilimarche.

    Lilimarche...

    Auteur-compositeur-interprète. 

    Elle monte sur la mini-scène, entourée d'un guitariste et d'un batteur. La voix est claire, la diction parfaite. les textes subtils, sensibles  et drôles. La présence est forte. Lilimarche est longue et mince, une silhouette entre Barbara et Françoise Hardy. Elle occupe l'espace, raconte ses histoires, ce qu'elle appelle ses chansons polaroids. Le titre de son nouvel EP est parfait, ses chansons sont de petites tranches de vie. Des instantanés, mis en scène, orchestrés joliment Et sans chichis. Lilimarche n'est pas une créature diaphane genre madonne préraphaélite, le genre de chanteuse fragile qu'on craint de voir expirer dans un murmure. Lilimarche est solide comme le rock.

    Une dizaine de titres, ses deux EP, "Au bar de l'hôtel", "Chansons Polaroids". Moment où le temps se suspend, où l'on est accroché aux mots, embarqué par les tonalités synthétiques. Des chansons pop entraînantes interprétées avec élégance.

    Fin du set, apéro. 

    En sortant du studio, je croise François, 50% du duo Eléphant. On parle de son nouvel album, plus électro.

    En sortant du studio, j'apprends que Prince est mort. 

    Dehors, il fait beau.

    Ca ne durera pas. 

    Pour écouter Lilimarche : "Chansons polaroids" nouvel EP, dans les bacs depuis le 8 avril dernier

    Enjoy!

     

  • Prince et moi

    Encore un type qui va y aller de son anecdote personnelle, de son récit de concert, de sa larmichette, vous dites vous déjà lassé à l'avance... Et je vous comprends. Encore un RIP. Encore un billet, un articulet laudateur où l'on parera le défunt de toutes les vertus et où l'on évoquera la vide immense qu'il laisse dans un monde à la dérive, etc, etc, etc... 

    Bref, vous êtes mal. Vous avez déjà cliqué ailleurs. Vous avez raison.

    Prince, ça faisait des années que j'avais plus ou moins décroché. Plutôt plus que moins. Voila c'est dit. Ca va mieux.

    Et pourtant, si je devais retenir de Prince un seul morceau, ce serait The Cross. Ne me demandez pas pourquoi. Enfin si, demandez.

    Ca remonte aux années 80, au milieu. On échange de la salive sur Purple Rain. On se secoue épileptique sur When Doves Cry. Arrive Sign O' The Times. Un double. Avec de tout dedans. Le couteau suisse straight from Minneapolis. D'ailleurs, je suis en Suisse à cette époque. Mais ceci n'a rien à voir avec cela. The Cross, le genre de morceau qui te chope, comme ça au moment où tu t'y attends le moins. Parce qu'il commence soft. Presque timide. Black day, stormy night. Petite rengaine tranquille qui se finit en déluge de grosses guitares hyper saturées. Un son metal, punk, sauvage. Et tout à coup la jonction se fait dans mon petit monde mental entre mes racines rock et l'univers polymorphe du Kid de Minneapolis (appellation déposée, cliché journalistique trademarké). The Cross m'a hanté, pendant des  années  et aujourd'hui encore.

    Vola, c'est tout. 


  • Voyage dans le temps avec Gaspard Royant

    La Maroquinerie, un lundi soir. On traverse Paris,  les CRS s'affairent place de la République, la nuit debout se prépare. Oberkampf se prépare pour la nuit parisienne. Stop rue Boyer. La Maro, sous-sol. Premier choc. Grand chic. Voyage dans le temps. Theo Lawrence. Un gamin gominé en chemise à carreaux, jean  à revers, guitare sèche, devant un micro vintage, l'éclairage est minimaliste. La voix. Memphis, les studios Sun, on cherche Sam Phillips des yeux, Elvis, Carl, Johnny (Cash, pas Smet)... On est projeté dans l'Amérique profonde des 50s. Impressionnant. La voix est puissante, parfois éraillée, genre mec qui a vécu. Final sur une reprise de Lefty Frizzell, Long Black Veils.

    Remontée en surface.

    Bière.
    Pause.
    Break avant la vedette de la soirée, zi incrédibeul Gaspard Royant. A l'ancienne. La soirée est définitivement vintage.

    Pour résumer, si besoin est, c'est l'ambiance Golf Drouot. Enfin telle qu'on imagine qu'elle ait pu être. Je n'étais même pas né. C'est juste une construction intellectuelle probablement inexacte. C'est peut être l'ambiance de The Cavern de Liverpool, celle des clubs de Hambourg, qui sait. Peut-être rien de tout cela. Un passé idéalisé, comme l'Amérique de Happy Days ou American Graffiti. Gaspard Royant entre en scène, veste de smoking blanche, revers noirs. Bien dégagé sur les oreilles, gomina nickel. Place au show. Voyage dans le temps , flashback sixties. Gaspard fait le show, le groupe assure. En costard, chic comme les Beatles. Excitant, groovy. Envolées de Farfisa, solos de guitare, rythmique impeccable. Le genre d'atmosphère où tu sens tes pieds échapper à ton contrôle, où tu esquisses des pas de danse. Bref, ça bouge. De temps à autres un riff, une note, ce je ne sais quoi qui évoque les Suprêmes, les Stones, cette soul, ce rock décomplexé, pour coeurs brisés et amoureux tellement solitaires qu'ils en pleurent. Citations, évocations. La musique de Gaspard Royant est à la fois typée et intemporelle. Même pas datée, follement actuelle, un peu comme le jour où, dans les 80s, on entendit les premiers riffs des Stray Cats. Et qu'on ne s'en remit pas complètement. Tant ils étaient hors du temps, à la fois rockabilly et tellement punk. On n'est pas ici dans un univers musical rockabilly. Juste rock, teinté de soul à l'anglaise, dans un glissement spatio-temporel excitant. On cherche l'anachronisme, on en jubile. Les guitaristes des 60s avaient-il le réflexe de tenter le larsen, avant Jimi? Pourquoi pas, il y a bien eu Link Wray. On est dans une ambiance vintage avec tous les acquis de 50 ans de rock, après les guitar heroes. Et ça c'est bon, on a corrigé le passé. On est chez Marty McFly passant de Chuck Berry à Hendrix. L'un des morceaux de Gaspard Royant évoque ledit Marty, d'ailleurs. Ce soir, le vintage est beau. Car il ne s'agit pas d'un tribute band, reproduisant à la note près le show d'une figure emblématique du passé. Il y a de l'hommage aux mânes du rock'n'roll, il y a un retour à l'essentiel, au fun, à la joie de vivre, à une forme d'innocence. Et c'est bon!

    En laissant les pensées vagabonder, je repense à Sha-Na-Na, le groupe improbable, hommage américain au rock'n'roll des 50s, qui s'était produit à Woodstock et qu'on retrouva dans la BO de Grease... Gaspard Royant vogue dans ces eaux, la classe et le bon goût en plus. Taillé pour la scène pour un parterre de college boys and girls, pour le bal de promo. Un peu de chic dans une époque qui l'est tellement peu.

    L'album de Gaspard Royant : "Have you met Gaspard Royant?" dans les bacs depuis le 8 avril

     

  • Une soirée avec Guillaume Stankiewicz

    Mon dieu! Qui est-ce, vous demanderez-vous. De Guillaume Stankiewicz, il en fut déjà question ici, il y a peu. Un showcase dans l'atmosphère bruyante d'un café parisien, peu adapté à sa chanson subtile. Au 3 Baudets, l'ambiance est posée. Feutrée. Il monte sur scène, en trio. Multi-instrumentistes passant de l'alto aux claviers ou à la guitare. Boîte à rythme, sons électriques. Le phrasé est limpide, des accents de Dominique A ça et là. Il y a pire comme univers. Les mots sont choisis. Vous en connaissez beaucoup des auteurs qui chantent des mots comme "opiniâtre" ou "prodigalement"? Il y a du Bill Murray dans le personnage. Ce côté faussement désabusé, cet humour absurde. Ces mots simples entre chaque chanson qui contrastent avec la poésie de son univers musical.

    A suivre. 

    Guillaume Stankiewicz - EP "Sans cesse et sans bruit" sortie le 8 avril. 

  • Semaines rock'n'roll

    Le weekend s'était déroulé sans anicroche. Le bipède s'était collé de la peinture jusqu'à la racine des cheveux, le bricolage c'est un métier, monsieur. Ouais, t'as raison. Quand on improvise, on se sent un peu comme le gusse qui débarque sur une scène avec sa Mosrite pourrie à qui on demande d'occuper l'espace avant l'entrée en scène de l'artiste vedette. Tu te sens comme une poule de Loué avec un couteau modèle Rambo... Bref, ce qui compte avant tout dans le bricolage, c'est l'ambiance. Donc, Savages à fond. Ca motive. Et les pensées coquines traversent ton cerveau pendant que tu appliques de la monocouche au plafond (avec effet aspersion, c'est pas de l'eau bénite, tu finis la tronche mouchetée, c'est de toute beauté...). Yes, pensées inavouables en évoquant intérieurement le concert de Savages à la Cigale quelques jours plus tôt.

    A franchement parler, ça n'avait pas décollé toit de suite. Elles sont glaçantes les filles. Mais quand Jehnny ouvrit son petit blouson, découvrant son ventre plat et son soutif noir, la foule s'affola. Jehnny l'androgine, portée par le public chaud comme la braise. Gros son, gros show. L'amour est la réponse, don't let the fuckers get you down. Yes baby, ça chaufe jusqu'à l'incandescence, avec ces accents de Siouxsie et de Patti Smith. Bref, on quitte la Ciigale avec la banane, les esgourdes défoncées par le bordel sonique de Bo Ningen, première partie noisy nippo-londonienne des sauvageonnes. Bo Ningen qui revient sur scène et se mêle aux Savages pour un final à 3 guitares, 2 basses, 2 batteries où malgré les limiteurs de bruit, tu finis avec le crâne vrillé en attendant l'apocalypse. Bref. Goood! Pas aussi surprenant que la toute première fois sur la scène de la Route du Rock, mais bien et bon. Fort. Femme. Violent Femmes, Femme Fatale. Rooooh!

    Et quelques jours plus tard, tu repeins ton plafond, partant du principe d'Audiard comme quoi les tâches domestiques ne sont pas sans noblesse. 

    J'ai réécouté Fuzz II à fond. J'ai réécouté un live de Pink Floyd, à fond. Is there anybody out there, la version live de The Wall, celle des années 80. Dans la voiture comme il se doit. Avec ce petit je ne sais quoi un peu beauf. Mais j'étais seul dans le véhicule. Et don't let the fuckers get you down, comme me l'avait sussuré Jehnny quelques jours plus tôt.

    J'ai collé dans la platine l'EP de Guillaume Stankiewicz. J'en avais fini avec la peinture. Place au recueillement, à l'introspection. J'étais dans un mood à introspecter. Et c'était la bande-son idéale. Apaisée. Il y a du Dominique A chez le gars. Dans cette manière de poser les mots. D'une voix claire. Sans préciosité, avec élégance. Du coup, je suis allé le voir sur scène, dans un petit rade du 12ème. On a discuté. Il est monté sur la micro scène. J'ai pensé à cette chanson de Charlélie sur les pianistes d'ambiance. Stankiewicz déroulait ses chansons subtiles. Les buveurs de bière de la salle d'à côté poursuivaient leurs conversations, bonnet sur la tête, chemise à carreaux sous barbe. C'était chouette quand même (c'est surrané "chouette", je ris intérieurement). Quand le hipster assis en face de la scène , un peu vautré regarda sur son iPhone une vidéo sur YouTube ou autre avc le son, une petite envie de défonçage de tête à la batte de baseball me traversa l'esprit. Guillaume chanta une version acoustique brillante de Magnolia Forever. On se serra la main.

    Et puis j'ai rencontré Vanille. Qui va sortir un EP bientôt. Qui a sorti un clip. Une mélodie pop toute sucrée et charmante. De la pop fraiche, qui fait le même effet que voir Hinds sur scène pour la première fois. Désarmant, sans posture, sans affectation. Nature. C'est sympa, ça fait du bien. Un peu de douceur dans ce monde de brutes. On en reparlera.

    Et puis je suis tombé sur l'interview de Jesse Hughes. Et je me suis dit "quel con". Et j'ai posté quelques messages d'insultes à son endroit. Et je suis passé à autre chose. Histoire de ne pas perdre mon temps. Entre temps, il s'est excusé. Et j'ai pensé à Zappa qui avait pondu cet aphorisme, Shut up 'n play yer guitar. Et en avait fait un album. C'est vrai. Ferme la et joue de la guitare. 


    J'ai dégusté les quatre premiers épisodes de Vinyl. LA série qu'il te faut regarder quand tu aimes le wock'n'woll, son Histoire, sa petite histoire pleine de poudre, de narines défoncées, de décibels, de guitares hurlantes, de billets verts, d'A&R. Enorme. A regarder avec le son à fond. Ce que tu as pu lire dans la presse musicale, dans les livres, tout ça prend vie devant tes yeux ébahis. New York, la Factory, le Velvet, les Dolls, le Coop... Rock'n'roll, man. Que du bonheur. Avec Scorsese et Jagger à la production. 


    Et puis voila. 

    Love.

     

     

  • Gainsbourg, dépression au dessus du jardin

     


    Pas de mots en trop, pas de nostalgie (camarade), pas d'hommage alambiqué. Une épure.

    Juste ce morceau, "Dépression au dessus du jardin".

    On se tait, on écoute. Hé ouais, mon p'tit gars. Gainsbourg se barre, Gainsbarre se bourre. 

  • Republik, Ich bin schmutzig

    Des guitares sombres, un texte en allemand, des notes de sax, dissonantes. Je fouille ma mémoire. Un groupe breton, une esthétique noir et blanc. Les jeunes gens modernes sont de retour... Et ils aiment toujours leurs mamans, ajouterait le lecteur d'Actuel. Le divin marquis rennais serait-il de retour? Ça serait trop simple et réducteur de ne vivre que sur la nostalgie des 80s. Republik est un groupe de son temps, totalement ancré dans le siècle.

    Mais quand Frank Darcel sur l'excellent album de Republik, Elements, fait appel par petites touches, à la fine fleur de la new wave newyorkaise, Tina Weymouth par-ci, James Chance par-là, on jubile. Les éternels jeunes gens modernes sont chics. 

    "Ich bin schmutzig" chante Republik. Darcel fronce le sourcil, l'air grave. L'époque est sinistre. Sale. Autant s'y faire. Le son du sax de James Chance transperce l'espace. Finie la mollesse, fini le confort sonore, la soupe émolliente qu'on nous sert en tous lieux. Il est temps de se réveiller.

  • Etre rock critic en 2016

    Dans les années 60 et 70, le métier de rock critic consistait à se gaver de drogue en fréquentant les groupes, connus, moins connus, débutants. J'exagère. Je grossis le trait. J'en fais des caisses. Caricature. Vivre la vie en rock, une vocation, un métier presque idéal. Ecouter des disques, rencontrer des artistes, parfois monter un groupe, et faire carrière. Ecrire des papiers longs. Inventer une écriture. Des noms viennent à l'esprit, Lester Bangs, Charles Shaar Murray, Cameron Crowe, Nick Kent, Nick Tosches, Jon Landau, David Fricke... En vrac, sans hiérarchie. Des noms dont pour la plupart on n'a connu les écrits qu'a posteriori, mais dont il est bon de se réclamer. Tout comme je me réclame de Hunter S Thompson tout en menant une vie assez éloignée des standards du gonzo... Mais l'écriture, le style, même traduit. Le point de vue, le bordel, la subjectivité absolue. Bref, Hunter, je te renouvelle mon allégeance scripturale. C'est ce qui m'a amené au blog. Et à pondre des ouvrages pourtant guère gonzo. Bon, certes, mais si je me réclamais de Malraux, que j'admirais a long long time ago, pour son sens du storytelling, pour son implication chair et sang dans l'aventure avec un grand A et que j'ai relu. Et dont j'ai souffert en découvrant son emphase. Il n'avait pas la plume légère. Je l'ai imaginé racontant la guerre d'Espagne sur le ton de l'entrée des cendres de Jean Moulin au Panthéon... Tragique, grave, échevelé, voix brisée, martyrisée, libérée, délivrée... Notez au passage l'audace littéraire qui permet subrepticement de passer du grand André à la Reine des Neiges. C'est rock, c'est punk.  Je m'auto-célèbre, je m'aime. Je lole. Mais revenons à nos moutonsssss. Je pourrais me réclamer de Virginie Despentes. Ca fait bien, c'est rock, c'est célébré par la presse rock et la presse pas rock. Qui plus est, icelle est à ce jour panthéonisée, jurée Goncourt... Entre iciiiiiii Virginie en ton terrible cortège... [Note pour moi-même: Il faudra que je finisse par lire Vernon Subutex]. On verra pour plus tard.

    Mais revenons à nos rock critics. 

    Dans les années 60-70, le rock critic vivait rock. Il finissait par se gaver de drogues diverses. Il faisait partager à un cercle d'initiés sa passion pour des groupes au départ obscurs. Qui finissaient par devenir énormes, incontournables. A coup de délire de décibel, destruction de chambre d'hôtels, OD, requins ou barres Mars dans des endroits intimes, troussage à la chaîne de groupies backstage ou dans des avions en vol, etc. la légende du rock était en marche. Le bourgeois tremblait. MTV a débarqué, a lissé l'affaire. Le business a fait le reste. Napster a finalement détruit l'édifice. Tabula rasa. Les majors ont vendu de rentables compiles de chanteurs morts, lesquels étant définitivement plus gérables que les vivants boulimiques ou chargés à bloc de substances toxiques. Je résume, je raccourcis, j'amalgame. Mais le constat final est le même, et je le maintiens,  au fil du temps, le rock a perdu son aura vénéneuse, ou du moins icelle est devenue moins létale, plus acceptable, plus délicieusement bourgeoise. D'ailleurs, quand David Bowie meurt, même Le Figaro s'en émeut. On le connut plus circonspect 30 ou 40 années plus tôt...

    Et nos rock critics... Ils ont vieilli. Ils écrivent des nécros. ils accompagnent leurs héros de jeunesse dans leur dernier voyage. Rock&Folk, dernier des Mohicans, devient ces derniers temps un mausolée mensuel. Ce ne sont plus les artistes obscurs et mineurs qui s'effacent, ce sont des stars mondialisées. Le RIP devient un exercice convenu, il faut y aller de sa surenchère lacrymale. Maudit celui qui osera dire qu'il se fout bien de la mort de tel ou tel dont la créativité était au point mort depuis tant d'années. Sauf Bowie, quoique le vide des années 90... Sauf Neil  Young, qui continue à sortir des albums dont des presque chef d'oeuvres. Et qui n'est pas encore mort. Tout comme Dylan. Le rock critic lui entre deux nécros se remet à la drogue pour supporter le choc de la perte des êtres chers qu'il accompagné, qui ont été son gagne pain pendant toutes ces années. Il faut tenir. Car pendant ce temps-là, les institutions du rock et les nouvelles stars se couchent tôt, mangent des céréales bio au petit-déjeuner, s'accordent un verre de vin de grand cru ou une demi bière light les jours de fête, car voyez vous, monsieur, c'est un métier, et qu'il faut durer, parce que ça eût payé, mais ça paye plus. C'est plus comme avant. Comme dans la vraie vie, il y a le 1%, qui conférence à Davos entre un deal avec une boîte de hitech et un album sans risque, et les autres, les 99% de crevards sans le sou qui vont écumer les festoches, les salles vides, les bars... Et qui sont pourtant l'essence du rock. Celui qui a un peu de crasse sous les ongles, qui sent la sueur, dont les guitares ont le vernis qui craque, les amplis rafistolés, qui se produisent sur des scènes de 5m² à peine, qui en bavent, qu'on aime non parce qu'ils en bavent mais parce qu'ils font la musique qu'on aime.

    Etre rock critic, si tant est que le mot ait encore un sens, c'est se sentir dans la peau d'un passeur, d'un explorateur, d'un défricheur. Bref d'un mec qui contre vents et marée va ingurgiter des heures de sons parfois improbables dans l'espoir d'y découvrir la pépite. Quitte à se tromper. Quitte à s'emballer pour des valeurs éphémères qui auront eu le mérite de le cueillir à ce moment précis où ses chakras étaient suffisamment ouverts. Quitte à être de mauvaise foi. La passion ne déteste pas la mauvaise foi. L'engouement pour l'inavouable. C'est trainer dans les petites salles, c'est écouter du Soundcloud, du Bandcamp, des trucs signés, des trucs pas signés, c'est s'emballer, c'est s'interroger parfois sur l'impact de ses mots (ou pas - modestie, modestie)... Et que faire quand on n'aime pas, quand on n'accroche pas? Assassiner? Occulter? Ne rien dire? Que dire quand tu reçois un communiqué de presse, un son, une vidéo et que non, ça ne déclenche RIEN? Ou quand tu as cette pénible impression d'avoir déjà entendu ça des dizaines de fois, la n-ième chanteuse folk qui fait penser à Alela Diane imitant Joni Mitchell, qu'on te vend comme incontournable du côté probablement de Williamsburg et du Canal St Martin et qui te fait penser à une Carla Bruni sous Xanax avec le timbre d'Olivia Ruiz... Y'a des jours, j'vous jure...

    Bon, sur le fond, soyons honnêtes, le concept de rock critic est sub-claquant à l'heure où Maître Gims traine ses lunettes miroirs dans les 20h00... Le goût est mort. Le lendemain, on célèbrera un album de pop molle façon Coldplay. Avec un peu de bol, on te parlera de Metallica, mais en termes macroéconomiques, en millions d'albums et visionnages sur YouTube. Ca sera même François Lenglet qui s'y collera. Avec une mise en perspective du marché mondial et schémas comparatifs avec les ventes des One D et de Beyoncé. La belle affaire. J'en déprime d'avance. Quand on pense que dès qu'il s'agit d'évoquer Josh Homme, on le positionne comme membre des Eagles Of Death Metal et non comme fondateur des Queens Of The Stone Age, sinon, le grand public ne comprend pas de qui on cause. 

    Le rock critic de l'âge d'or n'avait somme toute accès qu'à peu d'informations à l'aune de ce dont il dispose aujourd'hui. Il lui fallait aller sur le terrain, dans les chiottes du CBGB's, ou se faire casser la gueule par Peter Grant, pour recueillir l'info à la source. Aujourd'hui, il a Wikipedia, YouTube, l'immensité des Internets. Une matière incommensurable, qu'il faudra trier, filtrer, ranger, élaguer, explorer... Un pur rêve d'aventurier. Il y laissera juste ses yeux, cramés par la lumière bleue des écrans, là où ses prédécesseurs y laissaient leur tympans. Autres temps, autres moeurs.

  • Une soirée avec ALGO

    C'est l'hiver. Il fait froid. Il fait noir. Le scoot fonce sur les quais. Direction est. Le trafic est dense. Bibilothèque François Mitterrand, un quartier neuf, plutôt blindé de monde, sortie des bureaux, fin de semaine. Ca c'est le décor. Garer le scoot, embarquer sur la Dame de Canton, prendre une pinte. Ambiance concert, ambiance intime, le lieu est exigu. 

    Orouni monte sur scène et déroule son set de chansons pop, guitar, basse, clavier, trompette. C'est élégant, c'est propre, c'est parfait pour chiller en fin de semaine. Le Président doit avoir fini de téléphone-sonner. So what? Qui s'intéresse à la politique. Reste la culture, pour échapper à la barbarie. Un peu de pop, onctueuse, pour se détendre, relaxer son cerveau. L'ambiance est familiale. C'est bon, un petit concert, en un petit lieu. Etre proche du groupe. Pas de grosses têtes d'affiches. Des gens qui aiment la musique, qui jouent pour d'autres gens qui aiment la musique, se retrouver entre potes, boire un coup. L'histoiiiiiiiiire de la viiiiiiie, le cycle éterneeeeeeeeel, etc. Bref, c'est cool. Bonne mise en condition. Orouni raconte des histoires de voyages, me dit-on à l'oreille. Une jonque, sur la Seine. Dépaysement.

    Pause

    ...

    ALGO, ils sont 6 sur scène. Ils font une élégante pop orchestrale, quelque chose dans l'esprit de Belle & Sebastian ou The Divne Comedy. Le genre de musique qui incite à se laisser aller. Qui s'écouterait presque assis voire allongé sur un énorme matelas de plumes, qui épouse la forme du corps, avec une perfusion de mojito, les yeux fermé dans un moment d'abandon absolu. Dans un confort absolu. Comme il se doit pour écouter de la belle musique, comme on se laisse embarquer pour un trip cosmique. Dehors, le foid. On l'oublie on se laisse bercer par les lignes mélodiques. La magie du son d'ALGO (au-delà de quelques soucis d'accordage, et de retour), c'est la combinaison entre alto, trombone, glockenspiel et guitare-basse-batterie. C'est l'orignalité. Même si Sylvain, le chanteur-compositeur s'excuse de faire en 2016 une pop des années 90. Est-elle datée cette pop? Impossible de se prononcer, la pop est intemporelle. Aérienne. Certes, l'amateur de shoegazing ou de hardcore ne s'y retrouvera pas, ses tympans ne vibreront pas, quoique... La force d'ALGO, c'est d'avoir réussi à concocter quelques mélodies qui s'immiscent dans les circonvolutions cérébrales, qui marquent, qui reviennent en mémoire bien après l'écoute de leur EP sorti en décembre dernier. Un petit bijou, The Misunderstanding, dont l'écoute est absolument recommandée. Alto, trombone, quelques notes de glockenspiel pour le côté aérien, léger. Une reprise musclée de Jonathan Richman, Give Paris one more chance. Excellente idée. Il revient quand à Paris, Jonathan? Un dernier morceau, Between her arms. Entre ses bras, c'est cool pour l'hiver, c'est adapté, c'est tentant. Les groupe pose les instruments, range la scène, débranche. Et se mèle au public pour un petit dernier a capella, guitares sèches, alto et trombone. Bonne vibe. Sympa. 

    Retour dans le froid de Paname. Les djeunz se pressent devant le Petit Bain voisin. 

    Pour écouter ALGO - The Misunderstanding

  • Eagles of Death Metal, rock'n'roll et attitude

    Les Eagles of Death Metal ont fini leur concert parisien. La chose a été plus que médiatisée. L'Olympia est devenu hier soir plus qu'un lieu hype. Les psychologues se sont exprimés, on a vu fleurir dans des médias improbables des considérations sur la setlist du groupe. Quelques avis ont tranché ça et là, revenant sur les déclarations tonitruantes de Jesse Hughes à propos des flingues... Bref, comme d'habitude, il y a eu du sérieux, du moins sérieux et du n'importe quoi. J'adore le n'importe quoi. Surtout quand il s'agit de rock'n'roll. 

    In antiquis temporibus, le rock était chose maudite, le truc qui faisait peur aux parents, aux bourgeois, aux institutions. Et ceci était bon. Celui qui en écoutait le faisait d'abord par plaisir, et pour le plaisir de faire chier son prochain. Plaisir secondaire, mais néanmoins procurant une forme de jouissance. Don't criticize what you don't understand. Dylan avait raison. Vos mômes ne sont plus sous votre contrôle. Eclats de rire narquois des mômes. Les sales gosses ont gagné. Il y eût Tipper Gore dans les années 80, l'épouse de Al "une vérité qui dérange" Gore, en croisade contre les affreux métalleux sataniques. Je revois ces images de Frank Zappa en costard allant défendre la cause devant le Sénat américain... Jouissance. Le rock conservait sa dimension consubstantiellement hédonique. Le son à fond, hey ho, let's go. 

    Les mômes ont eu des mômes. Il y a eu passage, transmission générationnelle. On allait au concert en famille. On se réjouissait de voir ses enfants puiser dans la discothèque familiale pour remplir leur iPod de pépites issues du répertoire des Who, des Stranglers. Il y eut même ce glorieux moment personnel où l'une de mes filles de demanda de baisser le son alors que j'écoutais Suicidal Tendencies à un volume sonore forçant le respect, dans le but probablement inconscient d'emmerder mes voisins, comme je l'avais pratiqué pendant ma sage adolescence... Ecouter du rock avait quoi qu'il en soit, perdu son potentiel de nuisance. C'était devenu une affaire de goût personnel. De sale goût. Mais quelque part quelque chose de mainstream. PhilMan était juré de la Nouvelle Star, Ungemuth pigiste au Figaro...

    Mais revenons aux Eagles of Death Metal. Pas un groupe majeur jusqu'au 13 novembre. Un groupe qui entre dans l'Histoire de manière follement, tragiquement, atrocement contingente. Un groupe comme il y en a des dizaines aux Etats-Unis. Un groupe que j'avais vu à Rock en Seine en 2009, parce que porté par la complicité entre Jesse Hughes et Josh Homme. Cette année-là, j'avais laissé glisser le concert puissant et sympathique des EODM, et avais franchement joui quelques minutes plus tard en écoutant Them Crooked Vultures, Josh Homme, Dave Grohl, John Paul Jones. Comme j'étais en transe lors du concert des Queens of the Stone Age l'année suivante. Josh Homme, toujours. Il n'était pas à Paris le 13 novembre. Qu'importe. Il fait partie de ces hyperactifs de la cause rock'n'rollienne, toujours sur la brèche, toujours sur un projet. Ne se reposant pas sur les ventes colossales d'un seul album et faisant des breaks interminables le temps d'assurer le service après-vente. Il crée. Comme Ty Segall, mais aussi comme les grands des 70s. Comme Bowie, capable de sortir coup sur coup, sans plan marketing particulier un album majeur par an. Comme Picasso, créatif, touche à tout. Multi-instrumentiste, expérimentateur, apprenti-sorcier. D'EODM, j'avais retenu l'attitude toute en déconne de Jesse Hughes, parodiant les postures des stars du rock. Un côté volontairement Spinal Tap. Et une musique puissante. Pas follement originale, mais finalement conforme aux standards de base du rock, jouer fort, se donner à fond pour son public, suer, déconner, faire le show. 

    Aujourd'hui, EODM est entré dans la légende. Par la case attentat. Il y a eu des concerts tragiques, des morts dans des festivals. Mais jamais de tuerie de masse. On peut comprendre l'émotion, le trauma du type qui est sur scène dans une posture hédoniste, qui se prend la tragédie dans la gueule, qui voit son monde d'entertainment et de déconne inoffensive s'effondrer devant lui. Ce n'est pas rien. Qu'aurions-nous fait à sa place, hein? On se serait chiés dessus, on aurait flippé, on aurait pas joué les Rambo. Je suis prêt à le parier. Et ouais, Tuco, dans la vie, il y a deux type d'individus, ceux qui ont des Kalach et ceux qui creusent. Hélas. EODM est un groupe mineur et tragique. Fin de l'histoire. Un groupe de rock'n'roll, sans prétention particulière autre que le fun, le gros son. L'une des multiples facettes du rock, entre Bono (je vais à Davos causer avec les grands de ce monde de la planète qui va mal), et Chris Martin (je suis tellement transparent que je ne dis rien et le rock c'est un job comme un autre)... 

    Finalement, il est réjouissant que d'aucuns s'offusquent encore de déclarations à l'emporte-pièce sur Dieu, Donald Trump et les flingues. Il est réjouissant que certains s'étranglent à propos des gestes obscènes de Phil Anselmo. Dans un monde où tout est lissé, calculé, où chaque parole est pesée, marketée, calibrée. C'est la légende du rock. C'est son essence, faite de sueur et de foutre. D'attitude. Ted Nugent est un vieux con, chasseur et fan de la NRA. N'empêche que même plus de 30 ans après sa sortie, Cat Scratch Fever est un monument. Jerry Lee Lewis est un vieux con méchant. Whole Lotta Shakin Goin' On, une des pierres angulaires du rock. Iggy, même assagi, restera toujours le vieil oncle sale qui montre sa bite et raconte des histoires salaces devant les enfants le soir de Noël. La liste est longue. 

    Le rock doit conserver son potentiel de nuisance. Continuer à faire un petit peu peur. Ne pas être un exemple pour la jeunesse. Ni pour la vieillesse d'ailleurs. Et faire chier. Agacer. Enerver. Choquer. Etre excessif. Bordélique. Faire saigner les esgourdes. Etre mal élevé, doigts dans le nez, majeur levé, mal coiffé. Pour nous rappeler qu'on est vivants. Et pas juste de braves petits soldats qui font où on leur dit de faire, dans un monde aseptisé fait de limiteurs de bruits, de législation anti-tout, de religieux hyper-sensibles de tous poils et plumes, de politiques prêts à tout pour plaire, de divertissement de masse et esprit festif obligatoire. 

    Hey Hey My My Rock'n'roll Will Never Die