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lester bangs

  • Etre rock critic en 2016

    Dans les années 60 et 70, le métier de rock critic consistait à se gaver de drogue en fréquentant les groupes, connus, moins connus, débutants. J'exagère. Je grossis le trait. J'en fais des caisses. Caricature. Vivre la vie en rock, une vocation, un métier presque idéal. Ecouter des disques, rencontrer des artistes, parfois monter un groupe, et faire carrière. Ecrire des papiers longs. Inventer une écriture. Des noms viennent à l'esprit, Lester Bangs, Charles Shaar Murray, Cameron Crowe, Nick Kent, Nick Tosches, Jon Landau, David Fricke... En vrac, sans hiérarchie. Des noms dont pour la plupart on n'a connu les écrits qu'a posteriori, mais dont il est bon de se réclamer. Tout comme je me réclame de Hunter S Thompson tout en menant une vie assez éloignée des standards du gonzo... Mais l'écriture, le style, même traduit. Le point de vue, le bordel, la subjectivité absolue. Bref, Hunter, je te renouvelle mon allégeance scripturale. C'est ce qui m'a amené au blog. Et à pondre des ouvrages pourtant guère gonzo. Bon, certes, mais si je me réclamais de Malraux, que j'admirais a long long time ago, pour son sens du storytelling, pour son implication chair et sang dans l'aventure avec un grand A et que j'ai relu. Et dont j'ai souffert en découvrant son emphase. Il n'avait pas la plume légère. Je l'ai imaginé racontant la guerre d'Espagne sur le ton de l'entrée des cendres de Jean Moulin au Panthéon... Tragique, grave, échevelé, voix brisée, martyrisée, libérée, délivrée... Notez au passage l'audace littéraire qui permet subrepticement de passer du grand André à la Reine des Neiges. C'est rock, c'est punk.  Je m'auto-célèbre, je m'aime. Je lole. Mais revenons à nos moutonsssss. Je pourrais me réclamer de Virginie Despentes. Ca fait bien, c'est rock, c'est célébré par la presse rock et la presse pas rock. Qui plus est, icelle est à ce jour panthéonisée, jurée Goncourt... Entre iciiiiiii Virginie en ton terrible cortège... [Note pour moi-même: Il faudra que je finisse par lire Vernon Subutex]. On verra pour plus tard.

    Mais revenons à nos rock critics. 

    Dans les années 60-70, le rock critic vivait rock. Il finissait par se gaver de drogues diverses. Il faisait partager à un cercle d'initiés sa passion pour des groupes au départ obscurs. Qui finissaient par devenir énormes, incontournables. A coup de délire de décibel, destruction de chambre d'hôtels, OD, requins ou barres Mars dans des endroits intimes, troussage à la chaîne de groupies backstage ou dans des avions en vol, etc. la légende du rock était en marche. Le bourgeois tremblait. MTV a débarqué, a lissé l'affaire. Le business a fait le reste. Napster a finalement détruit l'édifice. Tabula rasa. Les majors ont vendu de rentables compiles de chanteurs morts, lesquels étant définitivement plus gérables que les vivants boulimiques ou chargés à bloc de substances toxiques. Je résume, je raccourcis, j'amalgame. Mais le constat final est le même, et je le maintiens,  au fil du temps, le rock a perdu son aura vénéneuse, ou du moins icelle est devenue moins létale, plus acceptable, plus délicieusement bourgeoise. D'ailleurs, quand David Bowie meurt, même Le Figaro s'en émeut. On le connut plus circonspect 30 ou 40 années plus tôt...

    Et nos rock critics... Ils ont vieilli. Ils écrivent des nécros. ils accompagnent leurs héros de jeunesse dans leur dernier voyage. Rock&Folk, dernier des Mohicans, devient ces derniers temps un mausolée mensuel. Ce ne sont plus les artistes obscurs et mineurs qui s'effacent, ce sont des stars mondialisées. Le RIP devient un exercice convenu, il faut y aller de sa surenchère lacrymale. Maudit celui qui osera dire qu'il se fout bien de la mort de tel ou tel dont la créativité était au point mort depuis tant d'années. Sauf Bowie, quoique le vide des années 90... Sauf Neil  Young, qui continue à sortir des albums dont des presque chef d'oeuvres. Et qui n'est pas encore mort. Tout comme Dylan. Le rock critic lui entre deux nécros se remet à la drogue pour supporter le choc de la perte des êtres chers qu'il accompagné, qui ont été son gagne pain pendant toutes ces années. Il faut tenir. Car pendant ce temps-là, les institutions du rock et les nouvelles stars se couchent tôt, mangent des céréales bio au petit-déjeuner, s'accordent un verre de vin de grand cru ou une demi bière light les jours de fête, car voyez vous, monsieur, c'est un métier, et qu'il faut durer, parce que ça eût payé, mais ça paye plus. C'est plus comme avant. Comme dans la vraie vie, il y a le 1%, qui conférence à Davos entre un deal avec une boîte de hitech et un album sans risque, et les autres, les 99% de crevards sans le sou qui vont écumer les festoches, les salles vides, les bars... Et qui sont pourtant l'essence du rock. Celui qui a un peu de crasse sous les ongles, qui sent la sueur, dont les guitares ont le vernis qui craque, les amplis rafistolés, qui se produisent sur des scènes de 5m² à peine, qui en bavent, qu'on aime non parce qu'ils en bavent mais parce qu'ils font la musique qu'on aime.

    Etre rock critic, si tant est que le mot ait encore un sens, c'est se sentir dans la peau d'un passeur, d'un explorateur, d'un défricheur. Bref d'un mec qui contre vents et marée va ingurgiter des heures de sons parfois improbables dans l'espoir d'y découvrir la pépite. Quitte à se tromper. Quitte à s'emballer pour des valeurs éphémères qui auront eu le mérite de le cueillir à ce moment précis où ses chakras étaient suffisamment ouverts. Quitte à être de mauvaise foi. La passion ne déteste pas la mauvaise foi. L'engouement pour l'inavouable. C'est trainer dans les petites salles, c'est écouter du Soundcloud, du Bandcamp, des trucs signés, des trucs pas signés, c'est s'emballer, c'est s'interroger parfois sur l'impact de ses mots (ou pas - modestie, modestie)... Et que faire quand on n'aime pas, quand on n'accroche pas? Assassiner? Occulter? Ne rien dire? Que dire quand tu reçois un communiqué de presse, un son, une vidéo et que non, ça ne déclenche RIEN? Ou quand tu as cette pénible impression d'avoir déjà entendu ça des dizaines de fois, la n-ième chanteuse folk qui fait penser à Alela Diane imitant Joni Mitchell, qu'on te vend comme incontournable du côté probablement de Williamsburg et du Canal St Martin et qui te fait penser à une Carla Bruni sous Xanax avec le timbre d'Olivia Ruiz... Y'a des jours, j'vous jure...

    Bon, sur le fond, soyons honnêtes, le concept de rock critic est sub-claquant à l'heure où Maître Gims traine ses lunettes miroirs dans les 20h00... Le goût est mort. Le lendemain, on célèbrera un album de pop molle façon Coldplay. Avec un peu de bol, on te parlera de Metallica, mais en termes macroéconomiques, en millions d'albums et visionnages sur YouTube. Ca sera même François Lenglet qui s'y collera. Avec une mise en perspective du marché mondial et schémas comparatifs avec les ventes des One D et de Beyoncé. La belle affaire. J'en déprime d'avance. Quand on pense que dès qu'il s'agit d'évoquer Josh Homme, on le positionne comme membre des Eagles Of Death Metal et non comme fondateur des Queens Of The Stone Age, sinon, le grand public ne comprend pas de qui on cause. 

    Le rock critic de l'âge d'or n'avait somme toute accès qu'à peu d'informations à l'aune de ce dont il dispose aujourd'hui. Il lui fallait aller sur le terrain, dans les chiottes du CBGB's, ou se faire casser la gueule par Peter Grant, pour recueillir l'info à la source. Aujourd'hui, il a Wikipedia, YouTube, l'immensité des Internets. Une matière incommensurable, qu'il faudra trier, filtrer, ranger, élaguer, explorer... Un pur rêve d'aventurier. Il y laissera juste ses yeux, cramés par la lumière bleue des écrans, là où ses prédécesseurs y laissaient leur tympans. Autres temps, autres moeurs.

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  • Rockothèque

    Le rock ça s'écoute. Certes. Mais ça se lit aussi. Car le rock c'est une histoire, riche. C'est une plongée dans l'histoire de la musique populaire. C'est le reflet de l'état d'esprit ambiant d'une époque. Le rock, ce n'est pas uniquement une horde de headbangers décérébrés, la tête dans les enceintes, les oreilles qui saignent et les neurones flingués à coup de décibels. Ce n'est pas non plus l'analyse intello sur le signifiant et la valeur du symbole... Quoique... C'est tout à la fois. Avec le rock est né le rock-critic. Le rock-critic n'a pas été seulement un pisse-copie juste capable de dire "j'aime-j'aime pô". Il y a eu des plumes de talent. Des fous qui faute de jouer d'un instrument, ou n'ayant pas été adoubés par le Diable, ont inventé une écriture... Les Charles Shaar Murray, Lester Bangs, Nick Kent, Nik Cohn... Même Philippe Manoeuvre, dans sa prime jeunesse. Aux côtés de Tom Wolfe ou Hunter S. Thompson... Pas des rock-critics à proprement parler, mais des écrivains férus de contre-culture, soucieux d'aller au delà des performances scéniques et des soli rageurs...
    Peut-on encore écrire sur le rock aujourd'hui? La dématérialisation de la musique et la surabondance de l'offre a changé la donne. Le rock-critic a un rôle de passeur, de découvreur, de déchifreur. Il est filtre de recommandation (Chris Anderson - The Long Tail, encore et encore...) mais sa tâche est immense.
    Et le rock est plus familial. Moins transgressif, voire consensuel, voire organisé, orchestré. La révolte canalisée. Marketée. 
    Pour les amateurs, les fans hardcore, les curieux, une sélection de livres indispensables... Sélection courte et subjective. Volontairement. Que vous pouvez enrichir! Suggestions et commentaires bienvenus!!!
     

     

     

    Un ouvrage indispensable, incontournable, une Bible, sinon LA Bible... Le Dictionnaire du Rock de Michka Assayas (Bouquins). Subjectif, parfois surprenant, mais très documenté, très riche. Publié en 1999, il mériterait un enrichissement, mais reste une somme impressionnante. A acquérir immédiatement pour qui s'intéresse à la musique.

    L'Envers du Rock de Nick Kent (Austral), articles et interviews, des Stones aux Beach Boys en passant par les Guns'n'Roses, les Happy Mondays, Iggy Pop, Sid Vicious... L'envers du décor. Truffé d'anecdotes, par un infiltré de talent. Sans complaisance, avec point de vue et parti-pris.

    I Need More d'Iggy Pop. Autobiographie racontant les années Stooges de l'Iguane. Brut de fonderie comme l'écoute de Raw Power. Une vision de l'intérieur, sexe, drogue et rock'n'roll. Un zeste d'auto-complaisance, une forte dose d'authenticité. 

    Je me souviens du rock'n'roll de Gilles Verlant (Actes Sud)... Sur le modèle du Je me souviens de Pérec, à la sauce rock. 500 souvenirs. Un magnifique exercice de style passionnant, mélangeant le futile et l'essentiel.  

    Mort aux Ramones de Dee Dee Ramone (Le Diable Vauvert), traduit par Virginie Despentes. Vie et mort d'un groupe essentiel. Les faux frères se détestaient, mais ont cohabité pendant 25 ans, à la poursuite du succès. Sexe, drogue... beaucoup de dope et des scènes d'anthologie.

    1684689209.jpgThe Mansion on the Hill de Fred Goodman... Un ouvrage indispensable jamais traduit en français et pourtant essentiel narrant la naissance du music business. Comment à la fin des années 60, les artistes et leurs agents ont pris le contrôle de leur production artistique, et ont échappé au contrôle absolu des maisons de disques qui avait prévalu pendant la décennie précédente. Les acteurs incontournables de cette période dorée, Dylan, Neil Young, Springsteen...

    Autre opus majeur: Hit Men, de Fredric Dannen ou la naissance de l'industrie du1803623055.jpg hit aux Etats-Unis, depuis les années 30 jusqu'aux années disco. Encore du business, mais aussi du scandale, avec entra autres celui des payolas qui coûta sa carrière à l'un des deejays américains les plus fameux, Alan Freed. Non traduit en français, dommage!

    Nightclubbing d'Alain Pacadis (Denoel)... Pacadis, le chantre des nuits parisienne des années 80. Punk, disco, dope, naufrage... Témoignage d'une époque révolue, et belle écriture.

    Je pourrais aussi mentionner la bio de Jimi Hendrix par Charles Shaar Murray, il y en aurait tant d'autres... Commencez par ceux-là... et keep on rockin'!!! 

     Enjoy!

     

     

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  • Dans mon Ipod ce weekend...

    Deux albums ce weekend dans ma sélection: du rock "mainstream", finalement assez plaisant malgré mes réticencesmedium_placebo.3.jpg initiales, "Meds" de Placebo. Guitares saturées, rythmique puissante. Brian Molko et ses deux compères délivrent une musique qui séduit à la première écoute. Bon, un peu comme ces vins chinois, séduisants, mais assez courts en bouche. A consommer tout de suite. Placebo a du succès, ça se comprend. Pas un groupe majeur, c'est certain, car pas assez innovant. Mais pas cérébral non plus, et de ce fait proche de l'essence du rock des origines. Un pur moment de plaisir. Un peu comme l'orgasme masculin. Court mais intense.
     
     
    medium_midlake.jpg
    L'autre album, un peu plus exigeant, que je recommande avant de l'avoir exploré de fond en comble mais dont un premier extrait m'avait séduit il y quelques mois, et que je viens d'acquérir: "The Trials of VAN OCCUPANTHERS" de Midlake. Pas du rock séminal, mais des climats éthérés. Belle musique. Quelques morceaux en écoute sur leur page MySpace. Un pur moment de bonheur. Un album comme on savait en faire dans les années 70, avant l'engluement qui allait donner naissance au punk-rock.
     
     Enjoy! 
     
     
     
     
    Et en bonus, comme annoncé la semaine dernière, l'album du siècle dernier: cette semaine, un monument, toujours enmedium_Bat_out_of_hell.jpg activité d'après un article récent lu hier dans la rubrique spectacles du Financial Times: Meat Loaf.
    Oui, vous avez bien lu, Meat Loaf! 59 ans et toujours sur scène... (Promis, je parlerai d'Iggy Pop, autre survivant notoire dans une prochaine chronique).
    En 1977, Meat Loaf, surtout connu pour un petit rôle de biker dans le cultissime "Rocky Horror Picture Show", sort le mythique "Bat out of Hell". En 77, en pleine vague punk! Lester Bangs n'a pas dû aimer. Et pourtant. Réécouté 29 ans plus tard, l'album n'a rien perdu de sa force. D'accord, à l'image de la pochette de Corben, c'est musclé, bourré de testostérone, pompier à mort. Mais la voix de Meat Loaf est puissante, les compositions de Jim Steinman démentes et la production de Tod Rundgren "hénaurme". Meat Loaf donna une suite à la saga Bat en 1993 (Bat out of Hell II) et on annonce pour la fin du mois "Bat out of Hell III"... On peut quand même craindre le pire. Il ne faut jamais tenter de ranimer les mythes.
     
     
     

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