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rock - Page 19

  • Rock & Folk et moi

    Tout a commencé en septembre 1979. N°153, Blondie en couverture. A l'affiche, Led Zep, Leonard Cohen, Véronique Sanson, les Stones, Boston. Mis à part Boston, tout ce petit monde continue à faire l'actu. Voire à sortir des disques. Voire à être arraché à l'affection des siens. En ayant sorti un ultime skeud. 

    Ce numéro de Rock & Folk, je suis retombé dessus un peu par hasard un jour, il y a deux-trois ans, aux Puces de Saint Ouen. Et je suis tombé en arrêt, comme le chien du même nom, comme le couteau à cran éponyme. Catalepsie. Catatonie. Holy shit! Holy fucking Jesus! Gabba gabba hey! One two three four! LE numéro de Roquéfloque qui a TOUT déclenché. 

    Je l'avais acheté un peu en loucedé. Pink Floyd et les Beatles étaient tolérés à la casa. Mon père aimait Brel, période Abbé Brel. Il avait quelque chose de rock, mon père. Un peu comme ces fans des Stones qui t'affirment que depuis le trépas de Brian Jones, les Stones, bof... Ou que Pink Floyd sans Syd Barrett, c'est plus vraiment ça... Il aimait le jazz. Le Count, le Duke, les émissions et les bouquins d'André Francis. Mais le rock... Je suis passé d'Okapi/Phosphore à Rock & Folk. Tranquille. De quoi alimenter les conversations avec les potes. Au lycée. Les clivages étaient forts. Si tu aimais le hard, tu ne pouvais pas écouter du punk ou de la new wave. Si tu écoutais Supertramp, tu n'écoutais pas Clash. Point barre. Et à Versailles, on préférait Téléphone qui se mariait mieux avec les mocassins américains, les mèches et les pulls négligemment jetés sur les épaules. 

    Ce numéro de Rock & Folk, je le connaissais par coeur. Il fut ma Pierre de Rosette, mon Petit Livre Rouge, mon catéchisme. Je tombais raide dingue de Chrissie Hynde. Ses mitaines en dentelle noire, sa frange, cuir noir et Perfecto rouge. Dwight Twilley m'intrigua, je n'en entendis plus parler. Je me plongeais dans la scène rennaise. Et découvris Marquis de Sade. Et Hunter S Thompson. Dont le Las Vegas parano venait d'être réédité. Je découvris le gonzo journalisme chroniqué par Manoeuvre. 

    PhilMan... Certains revendiquent des parentèles littéraires directement puisées dans le Lagarde & Michard ou dans la Pléiade. Des z'influences prestigieusement académiques, avec grand uniforme, palmes, pompes et circonstances, passages sur France Cul et tout le toutim. Mon maître ès-écriture fut PhilMan. Le PhilMan des années 80. Tout en délire, déconne, emballements, et mauvaise foi absolue. Il y en avait d'autres, bien sûr, le cryptique Garnier (qui n'avait pas aimé Apocalypse Now, va comprendre...). Jean-Eric Perrin et son Frenchy But Chic. Blanc-Francard. Je n'écrivais pas une ligne. J'ai écrit plus tard. Après avoir lu les oeuvres de HST. 

    La suite... J'ai acheté religieusement Rock & Folk chaque mois. J'ai décroché au milieu des années 80. Presque 10 ans de break. J'y suis revenu. vers 94 ou 95, je ne sais plus. Une couv avec un Polnareff annonçant l'un de ses premiers retours. 

    On reste marqué par la musique de ses quinze ans. J'y pensais encore en voyant Republik et Kas Product sur scène, il y a quelques semaines. Une soirée Frenchy But Chic, organisée par Jean-Eric Perrin. On ne se débarrasse jamais de son adolescence. Le monde du rock devient une grande nécro. Mais de jeunes branleurs comme Lemon Twigs viennent donner un petit coup de frais. Combien de temps dureront-ils? L'espace d'un album, d'un engouement. Ils succèderont à tous ceux qui nous collent la gaule, le frisson rock'n'rollien. Et qui nous permettront de rester éternellement jeunes.

    Solid as a rock. 

    Bon anniv Rock & Folk!

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  • Prince et moi

    Encore un type qui va y aller de son anecdote personnelle, de son récit de concert, de sa larmichette, vous dites vous déjà lassé à l'avance... Et je vous comprends. Encore un RIP. Encore un billet, un articulet laudateur où l'on parera le défunt de toutes les vertus et où l'on évoquera la vide immense qu'il laisse dans un monde à la dérive, etc, etc, etc... 

    Bref, vous êtes mal. Vous avez déjà cliqué ailleurs. Vous avez raison.

    Prince, ça faisait des années que j'avais plus ou moins décroché. Plutôt plus que moins. Voila c'est dit. Ca va mieux.

    Et pourtant, si je devais retenir de Prince un seul morceau, ce serait The Cross. Ne me demandez pas pourquoi. Enfin si, demandez.

    Ca remonte aux années 80, au milieu. On échange de la salive sur Purple Rain. On se secoue épileptique sur When Doves Cry. Arrive Sign O' The Times. Un double. Avec de tout dedans. Le couteau suisse straight from Minneapolis. D'ailleurs, je suis en Suisse à cette époque. Mais ceci n'a rien à voir avec cela. The Cross, le genre de morceau qui te chope, comme ça au moment où tu t'y attends le moins. Parce qu'il commence soft. Presque timide. Black day, stormy night. Petite rengaine tranquille qui se finit en déluge de grosses guitares hyper saturées. Un son metal, punk, sauvage. Et tout à coup la jonction se fait dans mon petit monde mental entre mes racines rock et l'univers polymorphe du Kid de Minneapolis (appellation déposée, cliché journalistique trademarké). The Cross m'a hanté, pendant des  années  et aujourd'hui encore.

    Vola, c'est tout. 


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  • Voyage dans le temps avec Gaspard Royant

    La Maroquinerie, un lundi soir. On traverse Paris,  les CRS s'affairent place de la République, la nuit debout se prépare. Oberkampf se prépare pour la nuit parisienne. Stop rue Boyer. La Maro, sous-sol. Premier choc. Grand chic. Voyage dans le temps. Theo Lawrence. Un gamin gominé en chemise à carreaux, jean  à revers, guitare sèche, devant un micro vintage, l'éclairage est minimaliste. La voix. Memphis, les studios Sun, on cherche Sam Phillips des yeux, Elvis, Carl, Johnny (Cash, pas Smet)... On est projeté dans l'Amérique profonde des 50s. Impressionnant. La voix est puissante, parfois éraillée, genre mec qui a vécu. Final sur une reprise de Lefty Frizzell, Long Black Veils.

    Remontée en surface.

    Bière.
    Pause.
    Break avant la vedette de la soirée, zi incrédibeul Gaspard Royant. A l'ancienne. La soirée est définitivement vintage.

    Pour résumer, si besoin est, c'est l'ambiance Golf Drouot. Enfin telle qu'on imagine qu'elle ait pu être. Je n'étais même pas né. C'est juste une construction intellectuelle probablement inexacte. C'est peut être l'ambiance de The Cavern de Liverpool, celle des clubs de Hambourg, qui sait. Peut-être rien de tout cela. Un passé idéalisé, comme l'Amérique de Happy Days ou American Graffiti. Gaspard Royant entre en scène, veste de smoking blanche, revers noirs. Bien dégagé sur les oreilles, gomina nickel. Place au show. Voyage dans le temps , flashback sixties. Gaspard fait le show, le groupe assure. En costard, chic comme les Beatles. Excitant, groovy. Envolées de Farfisa, solos de guitare, rythmique impeccable. Le genre d'atmosphère où tu sens tes pieds échapper à ton contrôle, où tu esquisses des pas de danse. Bref, ça bouge. De temps à autres un riff, une note, ce je ne sais quoi qui évoque les Suprêmes, les Stones, cette soul, ce rock décomplexé, pour coeurs brisés et amoureux tellement solitaires qu'ils en pleurent. Citations, évocations. La musique de Gaspard Royant est à la fois typée et intemporelle. Même pas datée, follement actuelle, un peu comme le jour où, dans les 80s, on entendit les premiers riffs des Stray Cats. Et qu'on ne s'en remit pas complètement. Tant ils étaient hors du temps, à la fois rockabilly et tellement punk. On n'est pas ici dans un univers musical rockabilly. Juste rock, teinté de soul à l'anglaise, dans un glissement spatio-temporel excitant. On cherche l'anachronisme, on en jubile. Les guitaristes des 60s avaient-il le réflexe de tenter le larsen, avant Jimi? Pourquoi pas, il y a bien eu Link Wray. On est dans une ambiance vintage avec tous les acquis de 50 ans de rock, après les guitar heroes. Et ça c'est bon, on a corrigé le passé. On est chez Marty McFly passant de Chuck Berry à Hendrix. L'un des morceaux de Gaspard Royant évoque ledit Marty, d'ailleurs. Ce soir, le vintage est beau. Car il ne s'agit pas d'un tribute band, reproduisant à la note près le show d'une figure emblématique du passé. Il y a de l'hommage aux mânes du rock'n'roll, il y a un retour à l'essentiel, au fun, à la joie de vivre, à une forme d'innocence. Et c'est bon!

    En laissant les pensées vagabonder, je repense à Sha-Na-Na, le groupe improbable, hommage américain au rock'n'roll des 50s, qui s'était produit à Woodstock et qu'on retrouva dans la BO de Grease... Gaspard Royant vogue dans ces eaux, la classe et le bon goût en plus. Taillé pour la scène pour un parterre de college boys and girls, pour le bal de promo. Un peu de chic dans une époque qui l'est tellement peu.

    L'album de Gaspard Royant : "Have you met Gaspard Royant?" dans les bacs depuis le 8 avril

     

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