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  • Pony Pony Run Run à la Maro

    Je ne suis pas certain d'avoir déjà chroniqué Pony Pony Run Run icitte. On ne peut pas être partout. Ca c'est l'excuse poisseuse, paresseuse, du type qui n'a pas envie de se plonger dans les archives... Et quand bien même. Sur le fond, est-ce important, hein? Hier soir, face à la scène de la Maroquinerie, je me faisais la réflexion, pas si anodine, que je n'avais pas mis les pieds dans une salle de concert depuis facilement plusieurs mois. Peut-être même depuis fin septembre et le pot de départ de Fauve. Trop de taf, trop de tout, pas d'envies. Et puis le 13 novembre. Funeste. Moche. Insoutenable. Bref...

    Je découvre un nouveau titre de Pony Pony Run Run, il y a quelques semaines, un truc léger, un truc enjoué, un truc qui met un peu de lumière dans l'époque, l'air du temps étant fondamentalement anxiogène. Courbe du chômage, terreur à tous les étages, déchéance de nationalité, Johnny place de la République, Bowie qui tire sa révérence, Copé et Sarko qui se lancent en littérature, etc. L'horreur, l'horreur, comme le disait si justement avec un zeste de fatalisme, le bon Colonel Kurtz. Alors, un morceau qui s'intitule Alright, ne peut qu'être prometteur, et ouvrir de nouveaux horizons. Un truc à se réouvrir les chakras. Ca change. 

    Se retrouver dans une salle de concert, écouter du gros son, un bon groove, une rythmique impeccable, des guitares légères, des sons synthétiques moelleux, que demander de plus? Pony Pony Run Run revient. Dans la joie. Avec ce qu'il faut de fraicheur, d'enthousiasme pour laisser son corps fatigué vibrer, pour danser sur place d'un pied sur l'autre en un mouvement aussi gracieux qu'une légère surcharge pondérale le permet (autodérision hivernale post-fêtes de fin d'année). Bref, je shake mon booty, avec pudeur. Je sens la vibe, c'est magnifaïk, darling. Le public exulte. Moi z'aussi. 

    Le nouvel album du groupe sort en mars, ils reviennent sur scène au printemps, il y a de la tournée dans l'air. C'est cool, c'est bon, on en redemande. Dehors, le monde extérieur retourne au Moyen Age. On voile les statues, on s'offusque d'un sein dénudé, on vire le vin de table pour les mollahs ne point chokay. Ici on virevolte, on s'accorde ces minutes de fun, de plaisir, de danse, on boit une bière, on laisse le bon temps rouler. C'est bon. Et Pony Pony Run Run y est pour beaucoup ce soir. Merci les gars.

    J'émerge des profondeurs de la Maro, one more for the road, scooter dans le froid, les rues de Paname sont presque vides, passage devant le Bataclan, c'était sur le chemin, petit choc nocturne, coucher.

    Pony Pony Run Run, nouvel album "Voyage, voyage", dans les bacs le 4 mars 

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  • Ce que nous rapelle Bowie

    Saleté de Twitter dont la timeline commence à ressembler à une rubrique nécro permanente avec pleurs, grincements de dents et compassion obligatoire pour les chers disparus... Saletés de médias dont la teneur éditoriale commence à ressembler à une nécro permanente, etc... Saleté de gens qui se sentent obligés d'y aller de leur larmichette et de s'émouvoir dès qu'une célébrité est arrachée à l'affection des siens... Bref, pleurs et cris. Mine de rien, il y a un petit côté Corée du Nord dans ces torrents de larmes trop massifs pour être vraiment honnêtes. Quelque chose de finalement ultra conformiste. Un mort, des larmes. Automatisme.

    Certains se sont émus de cette compassion permanente, laissant entendre que tout de même, France Inter (entre autres) n'aurait pas du accorder tant de temps d'antenne à l'évocation de la mort de David Bowie... Certes.

    Mais, et ce faisant je prêche pour ma paroisse, la disparition, la mort d'une icône comme Bowie m'a stupéfié. Le genre de nouvelle qui tombe de façon imprévue au petit matin. Alors que l'artiste vient de sortir un album, dont il faut reconnaître qu'il est, en toute objectivité, plus que décent, car finalement conforme à l'idée qu'un fan de rock puisse se faire des capacités créatives d'un artiste connu pour sa capacité à prendre son public à contrepied. Pour le béotien, pour le novice, pour celui qui se fout du rock ou de la pop, la mort de l'artiste glissera comme l'eau sur les plumes du canard (qui est toujours vivant, vieille blague issue des tréfonds des 60s). Quoi qu'il en soit, le constat est là, l'artiste n'est plus et, là aussi, il faut le reconnaître, il a réussi sa sortie. Album (Blackstar), clip (Lazarus), ultimes photos, pas de cérémonie. Pas d'images de déchéance. L'élégance jusqu'aux derniers instants, une maîtrise absolue de la communication et du timing. Parfait. 

    A ceux qui pensent qu'on en aurait trop fait, on peut opposer l'idée que Bowie représente une carrière de presque 50  années, avec des pics créatifs, des bas, et au final, consistance, densité et une véritable oeuvre, musicale et visuelle. A l'heure de l'éphémère, de la star jetable, on sent poindre dans les esprits une sorte de nostalgie d'un temps où une carrière artistique se construisait dans la durée. Il y a toujours eu des gloires éphémères, des "one hit wonder". Bowie aurait pu en être. Ses biographes racontent que Space Oddity aurait pu n'être qu'un passage fulgurant dans le paysage encombré de la pop anglaise des 60s. Mais l'artiste avait de la ressource. C'est peut-être ça qui a fait la différence, la vision, l'instinct, le génie... Créer, tenter, inventer, explorer, et avoir le sens inné de la communication. S'exposer, disparaître, revenir. Les réincarnations de Bowie sont multiples. A chaque étape, un nouveau public. Jusqu'à devenir culte. Et durer dans le temps. Chacun a son Bowie. Son expérience personnelle. Unique. Ceux qui sont plus Ziggy, ceux qui sont Thin White Duke, ceux qui ont adhéré à Bowie période Let's dance/Prédateurs/Furyo. C'est probablement ça que l'on va pleurer dans cette époque incertaine. Va-t-on pleurer les One Direction dans 50 ans? Une fois que le dernier membre vivant aura tiré sa révérence? J'ai comme un doute. Pleurerai-je Ty Segall? Kurt Vile? Thom Yorke? Pharrell? J'ai un doute aussi. D'abord, je pars d'un postulat absurde, celui d'être encore suffisamment lucide et pas encore assez liquide pour écouter encore du rock à l'âge canonique de 101 ans... La surdité aidant, je plains les voisins de cimetière... On verra.

    J'ai tout de même une conviction un peu étrange que les années qui viennent vont être celles où les baby boomers vont voir leurs héros d'adolescence et ceux qui ont fait la bande-son de leurs années de jeunesse éternelle, tirer leur révérence les uns après les autres. Ceux qui ne sont pas morts à 27 ans d'une OD vont tranquillement mourir du cancer, dans leur lit, normalement. Normalement. Même pas coincés dans leurs toilettes comme le King. Ils vont mourir vieux. Comme nous. C'en est flippant. D'autant plus que ces mêmes stars vieillissantes continuent de remplir les salles et les stades. En mode nostalgie. Comme si le monde du rock n'était finalement plus que le musée Grévin. 

    Alors que faire? Aller dans les petites salles, tenter de déceler les pépites, se faire plaisir, donner leur chance à des inconnus, se foutre de la pérennité, ne pas suivre la masse, écouter, sentir la vibe, et toujours mettre les curseurs sur 11... 

    Et chanter Ziggy Stardust, China Girl, Starman et Heroes sous la douche, ou au volant. 

    Jusqu'au prochain. 

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  • Bowie

    J'insère la K7 dans mon vieux magnétophone. The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Achetée un peu par hasard, en solde. L'album a déjà une dizaine d'année. Je ne connais de Ziggy Stardust que la reprise qu'en a fait Bauhaus. Je suis scotché.

    Il y a eu Scary Monsters quelques aannées plus tôt, et ce single Ashes to Ashes. Mais je ne sais pas qui est le Major Tom.

    Bernard Lenoir passe les premières pistes de Let's dance. Et le monde devient Bowie. Entre temps j'ai fait des sessions de rattrapage. Et j'ai tout pris en vrac, en bloc, de Space Oddity à Warszawa en passant par Rebel Rebel, Changes, les classiques.

    Bowie, mèche blonde, face à Ryuichi Sakamoto chez Oshima. Furyo.  Le monde est Bowie. Les clips, China Girl, Modern Love.

    Modern Love chez Carax... J'avais oublié ce travelling d'un Denis Lavant courant sur fond de Bowie dans Mauvais sang. Bowie partout dans les années 80.

    J'ai décroché de Bowie dans les années 90, du moins de ses albums de l'époque, que je serais incapable de citer. Retour aux fondamentaux, aux classiques. Et toujours Ziggy Stardust, ne serait-ce que pour Five Years, Moonage Daydream et Rock'n'roll suicide. J'ai zappé Tin Machine, probablement influencé par une critique peu tendre.

    Années 2000, retour en grâce. Heathen, écouté, apprécié, oublié. YouTube permettra de découvrir Bowie en images, faute de l'avoir vu sur scène. J'ai écouté Arcade Fire en duo avec le Maître. J'ai écouté ses titres chantés par Seu Jorge, en portugais, dans le délicieux et déconnant Life Aquatic de Wes Anderson. 

    Heroes à toutes les sauces, y compris chanté par Jakob Dylan dans la BO du calamiteux Godzilla de Roland Emmerich. 

    The Next Day, écouté, apprécié, réécouté, oublié. 

    Bowie exposé, muséifié. Une nouvelle dimension. Je n'ai pas vu l'expo. Bowie chez Decouflé, interprété par Jeanne Added, Sophie Hunger et Jehnny Beth à la Philharmonie; et l'intense plaisir d'écouter des titres devenus des classiques.

    Janvier 2016, découvrir le clip de Lazarus et écouter dans la foulée Blackstar, se dire que l'album est bon, qu'il est suffisament sophistiqué et subtil pour mériter une écoute pllus qu'attentive, des réécoutes. Jusqu'à cette matinée où un journaliste de France Inter manifestement ébranlé t'apprend la sale nouvelle. 

    Who's next? C'est le titre d'un album classique des Who. C'est la question qu'on va se poser chaque jour. Bowie, un nouveau nom biffé sur la liste de ceux qui ont fait notre éducation musicale. 

    Le temps passe. Rebel rebel, you're face is a mess. T'as raison. Le temps passe. 

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • David Bowie - Rock'n'roll suicide

    C'est l'une de mes préférées. "Rock'n'roll suicide", l'un des beaux moments de Ziggy Stardust, s'il faut en choisir un. 

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  • Une semaine ordinaire en 2015

    L'année avait commencé dans une normalité absolue, une fois digérés saumon et foie gras, le tout arrosé de quelques bulles. La semaine avait commencé, tranquille, par l'un de ces petits matins de janvier, froids, humides et moches. Janvier, quoi. Les sapins déplumés sur les trottoirs. La reprise, les voeux, les Bonnannéemachinetsurtoutlasanté... Le scooter filait dans les rues de Paname. Sols luisants, petits matins. Réouverture des emails, reprise des activités, business as usual. Une semaine de janvier déjà brutalisée par quelque mauvaise nouvelle. Business not as usual, quand même. 

    Plongée dans le flux de tweets à la recherche de choses futiles, et des mots en vrac, Charlie, fusillade, morts. Des chiffres qui tombent. On n'y croit pas. Depuis quand doit-on croire tout ce qui se murmure, se gazouille, se colporte, circule, buzze sur les  Internets? Le bruit devient info. Gravé dans le marbre. Sûr, vérifié, glaçant, implacable. La grosse baffe, le coup de matraque, l'impact dans le plexus qui coupe le souffle. Sans image. Irréel.

    Le temps se suspend, s'étire. Le monde est flou. Juste strié de mauvaises fulgurances, de ces dépêches qui tombent. Faits avérés. 

    Je me souviens avoir conférencé cet après-midi là. Parlé d'un leader, d'un gourou, d'un presque Dieu, Steve Jobs. D'avoir tenté d'intéresser un auditoire absent, alors que tombaient dans les fils d'info des noms familiers, des noms qui évoquaient l'adolescence, le fun, la légèreté, le rire... Des noms qu'il devenait impossible de prononcer sans que la voix ne se brise. Fin de conférence en roue libre devant public en roue libre. Les esprits ailleurs, absents.

    La télé calée sur les chaînes d'info en continu, qui mettent en images les mots lus et relus depuis la fin de la matinée. Il fait nuit, il fait froid, l'hiver est encore plus moche que d'habitude. Assis, sidéré, tétanisé. Hypnotisé par les images. 

    Sale nuit.

    Sale semaine qui se poursuit, dans un petit coin de campagne à 100 kilomètres de Paris. Une église. Le froid. La boue. La flotte. L'adieu à un ami. Rien à voir avec Charlie, juste les circonstances. La nuit tombe vite, la route vers la capitale est encombrée. France Info parle de traque. Il flotte toujours. Nuit. Re-nuit. On se met au chaud, on rallume la télé, mauvaise idée. On tourne en rond. On ressasse. On flippe.  On repense aux sirènes sur le périph, on tweete, on est en vrac. 

    Le jour finit par se lever. Toujours cette sensation étrange d'être en apnée. Les news tombent. Les première images. Des plans fixes, interminables. Du non-cinéma. Un mauvais film d'art et essai. Et les assauts, filmés au zoom, de très loin. On est hypnotisés une fois de plus, un oeil sur l'écran du mobile, l'autre sur celui de la télé. Clap de fin. 

    Fin de semaine, dimanche ensoleillé. 2 heures pour faire 400 m à pieds, pour tenter de rejoindre République. Métros blindés. Traversée de Paris à pieds au retour, avec pote de 30 ans. Dernières photos. 

    On laisse du temps au temps. On laisse la mémoire s'éroder tranquillement. 

    Jusqu'à cette fin de semaine de novembre. Novembre, autre mois moche, gris, humide et froid.

     

     

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