Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Interview Express : Benjamin Sire aka E-Riser

Il est des êtres multiples. Qui à l'instar de Rimbaud et Dylan, peuvent dire, je est un autre. Des êtres multi-dimensionnels. Et à ce titre, Benjamin Sire est un spécimen intéressant. Une sorte de redéfinition de l'artiste complet : compositeur, producteur, ingénieur du son, journaliste et militant. Il est l'un des pionniers de la musique assistée par ordinateur (MAO) depuis le début des années 1990, auteur de quatre albums, dont l'un, "November", a été un des premières oeuvres de pop acoustique entièrement conçue à partir d'espaces et d'instruments virtuels. 

Il a concocté un album magistral (qui sort après l'été), sous le nom d'E-Riser. Electronica Cinematic. 12 titres, bande-son d'un film imaginaire qui transportent chacun dans une autre dimension. Une electro riche et optimiste. On sent chez E-Riser la passion des salles obscures et des grands espaces. Un album accrocheur sans tomber dans la facilité. Notre époque est parfois désespérante de facilité. Probablement comme toutes les époques. Il y a la musique dans laquelle on ressent la sensibilité et l'implication personnelle, les tripes de l'artiste, et la musique au kilomètre, celle qui va n'être que la bande-son de ses courses au supermarché. E-Riser nos ballade dans des territoires electro variés, multiples, à son image. Climats éthérés, sonorités presque organiques, phrases répétitives, se mêlent au fil de 12 titres qui ne vous lâchent pas. Une musique électronique subtile, à l'image du bouillonnement intellectuel de son auteur.

L'album sort à l'automne, le premier extrait, FA-TALITY, dument clippé vient d'être mis en ligne. Pile-poil aujourd'hui. Pour fêter ça, j'ai embarqué Benjamin Sire dans l'interview express. Et je n'ai as été déçu. Il a plus que joué le jeu. Interview magistrale, pour artiste engagé.

Enjoy!

Si tu ne devais ne garder qu’un seul album de toute ta discothèque ?

Ce n'est pas une question c'est une torture ! Derrière la douleur atroce qu'elle véhicule, elle pose un grave problème dans le rapport à l'émotion qu'elle implique. Parce que l'être humain n'est pas un monolithe émotionnel, mais une addition de sensations qui se succèdent les unes aux autres sans cohérence. Que répondrais-je dans un intense instant de joie ? Ou dans un gouffre de tristesse ? Ou aux prises avec une langueur incertaine ? Forcément des choses différentes. Parce que là est une des vertus singulières de la musique, de toujours proposer un titre, un album, qui colle avec la situation du moment mieux que tous les autres. 

Alors je vais tricher et j'en citerai 3. 

« Transformer » de Lou Reed. Pour moi, le plus grand album de l'histoire du rock, en ce sens qu'il est le seul que je considère comme parfait. Ca ne veut rien dire ? Pas faux. Qu'importe. 

Ensuite le Requiem de Mozart, parce que là encore, en termes de puissance émotionnelle, on frôle la perfection. 

Enfin, Bleu Pétrole, de Bashung. Parce que cet album est à la fois symbolique de l’œuvre de Bashung, comme une sorte de testament totalement abouti, mais aussi le fruit de la rare rencontre créatrice de trois authentiques artistes. Bashung lui même, Gérard Manset et le camarade Gaëtan Roussel.

Si tu ne devais garder qu’une seule chanson ?

C'est paradoxalement plus facile. S'il ne reste plus qu'une chanson, c'est que la cause est entendu. C'est foutu, quoi ! Alors je pense à Nicolas, de William Sheller. Parce qu'elle raconte dans le moindre détail un épisode de ma vie et qu'elle m'obsède.

Le truc le plus inavouable caché dans ton iPod, iPad, collection de CDs, K7, vinyles, favoris de ta plateforme de streaming, etc ?

Une bonne partie des chansons d'Anne Sylvestre. J'ai l'alibi de la paternité, mais manque de bol, ça fait longtemps que ma fille est passée à autre chose... Pas moi.

Le truc le plus triste - celui qui te plonge dans un abîme insondable de tristesse ?

Encore Nicolas de Sheller. Mais comme je l'ai déjà cité, je dirai The man who wrote Danny Boy, de Joe Jackson. Un titre qui, comme pas mal de ceux du grand Joe, m'accompagne au plus près. Une puissance rare dans la musique et le texte qui me plonge toujours dans un heureux désespoir. C'est une énième version du mythe de Faust qui est un mythe fondateur pour moi.

Le truc le plus joyeux - qui te donne la patate et que tu écoutes systématiquement pour te rebooster ?

En vérité, j'aurais tendance à réponde... le silence. Mais puisqu'il faut parler de musique et que c'est le sujet même du titre, j'avoue que le I feel good de James Brown rempli la fonction et, de mon point de vue, devrait être remboursé par la sécu.

Le morceau que tu ne peux plus écouter ?

Celui que je viens de virer de mon nouvel album avant de rendre la liste définitive des titres à mon éditeur. C'est d'ailleurs une situation assez originale pour moi. D'habitude, sur un album, la plupart des titres que j'achève se retrouvent sur l'album pour lequel ils ont été prévus. Là, j'ai composé et produit en version def plus d'une vingtaine de titres, avant d'en sélectionner 12. J'étais vraiment content de la sélection et je n'ai jamais autant écouté un de mes opus par plaisir, parce que l'ensemble me plaît vraiment et correspond à ce que j'ai envie d'entendre en termes de musique électronique. Or, il se trouve que l'album est achevé depuis un bon moment. La sortie est retardée par les conséquences du Covid et d'autres projets que j'ai mené de front. Du coup tout ça a eu le temps de décanter. Et lors d'une écoute où tout se passait parfaitement, ce morceau est arrivé dans la playlist et je me suis interrogé sur ce que je voulais vraiment faire. Je ne voyais pas le rapport entre ce titre et tout le reste et, alors que sans doute je lui rendrai grâce plus tard, il m'a semblé être comme une balle qu'on se tire dans le pied, une sorte de mauvais génie se faisant fort de briser tout l'édifice à lui tout seul. Je ne sais pas s'il est bon ou mauvais, mais juste qu'il n'a rien à faire dans l'histoire, au point que sa seule introduction me donne envie de sortir mon flingue.

Le morceau ou l’artiste que tu zappes systématiquement ?

Christine and the queens, ou Chris tout court, ou les queens qui vont avec. Mon avis n'a ni importance, ni objectivité, ni intérêt, mais j'ai rarement vu un tel condensé de vulgarité et d'escroquerie dans une musique et un(e) artiste qui était à deux doigts d'avoir tout pour me plaire. Enfin bref, comme on dit dans certaines relations sentimentales, c'est compliqué.

Idole absolue - s’il n’en reste qu’une ?

T'es un peu chiant à vouloir envoyer toute la terre sur une île déserte avec juste un truc à se mettre sous la dent. J'aurais l'air con à poireauter des lustres avec juste un album, une chanson, une idole, non ? Même avec plusieurs sandwichs, c'est un truc à se tirer une balle avant d'avoir attaqué celui au pastrami ! Alors tant qu'à en avoir qu'une, d'idole, bah je dirai ma femme ! Elle est derrière chacun de mes projets et je suis pas loin de tous les siens. Cet album, je l'ai composé pour elle, qui n'écoute que de l'electro, et qui m'a fait découvrir plein de trucs en la matière, en plus de faire de chacun de nos jours une drôle d'aventure. Puis, bah, si elle est pas là, je jouerai à la roulette russe avec Bowie, Leonard Cohen, Freddie Mercury et Joe Jackson, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. En même temps, seul Joe Jackson est encore vivant...

Kim Jong-un ou Kim Kardashian (ou Kim Wilde, Kim Basinger, Kim Deal, Kim Dotcom, Kim Fowley, etc.) ?

Putain, Kim Wilde ? Je n'avais pas entendu ce nom depuis si longtemps. Et pourtant, j'ai vraiment écouté beaucoup dans mon adolescence, sans savoir si cet aveu me disqualifie pour toujours ou non. Mais bon, faut pas déconner. Kim Basinger, what else ?

Ton objet-culte, ton doudou ?

Hélas, ma clope...

Drogue préférée ?

Bon, celle-là, elle ne me fait pas marrer. Bienvenue dans « confessions intimes ». Il ne t'aura pas échappé que le seul titre non instrumental de l'album, celui où je chante vaguement, s'appelle C(ocaïne) Word, et raconte mon adieu à cette si séduisante saloperie qui aura fait des dégâts dans ma vie. Je ne sais pas ce que les autres te raconteront, mais je ne vais pas faire l'enfant de chœur. J'ai tout essayé, tout pris, presque tout aimé. Mais la coke a été coriace, très. Alors aujourd'hui, s'il reste une drogue préférée dans ma vie, je dirai ma femme. 

Alcool préféré ?

La vodka pour honorer mes origines de l'Est. Le (bon) vin pour honorer le pays latin où elles s'expriment.

Tes premiers mots en tant que Miss France ?

Vous pouvez répéter la question ?

Fuir mais où ?

Question que je me pose chaque matin, et dont la réponse devient plus complexe à trouver avec ce Covid qui rend à la fois la fuite de moins en moins probable et le monde entier aux prises avec le même problème. Du coup, fuir dans la musique.

Si tu ne devais faire qu’une seule émission de télé ou de radio ?

Celle que j'aimerais que Yuksek me consacre sur Nova.

Film culte de chez culte ?

Ce film culte de chez culte qui l'est autant que le livre pour moi : Le monde selon Garp de George Roy Hill, d'après John Irving. Le bouquin a changé ma vie, le film en a fait un bouleversement permanent. Je ne sais pas pourquoi, il me provoque chaque fois un torrent de larmes tout autant qu'il me fait entrer au plus profond de moi. Je l'ai vu je ne sais pas combien de fois. J'ai le souvenir, après le Xième visionnage dans un cinéma parisien, d'avoir dû sortir de la salle sous la pression du public, tant je pleurais fort. C'est un truc chimique, incompréhensible.

Livre culte de chez culte ? 

On va s'épargner Garp pour la seconde fois, alors je dirai La promesse de l'aube de Romain Gary.

Marc Lévy ou Guillaume Musso ?

En fait, je sais à peine qui sont ces gens, alors je dirai Marc Irving et Guillaume Gary.

La fin justifiant les moyens, jusqu'où es-tu prêt(e) à aller pour faire partie des 50 personnalités préférées des français ? 

En fait c'est déjà le cas. C'est seulement que les Français sont mal informés.

Un dernier mot ?

Garp ?

 

Merci Benjamin.

Sur ces bonnes paroles, on écoute un premier extrait de l'album Electronica Cinematic qui sortira à l'automne, FA-TALITY


Catégories : Interview express, Musiques Lien permanent

Écrire un commentaire

Optionnel