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J'ai (enfin) vu Marquis de Sade sur scène

J'ai 15 ans, je lis Rock & Folk. On y parle de la première édition des Transmusicales de Rennes. Jean-Eric Perrin dans sa rubrique Frenchy But Chic parle de ce jeune groupe européen, qui s'aventure du côté de Schiele et de l'Expressionnisme allemand. Je ne localise même pas Rennes sur la carte du rock français, je suis un ado qui vient de découvrir les Pistols, Public Image, The Clash, The Stranglers, le punk moribond, la new wave, et qui y trouve ce je ne sais quoi de danger, de sombre, plus attirant que la fadeur inoffensive et adolescente de Téléphone. L'attrait pour le côté dark. Nous sommes en 1979. 

Conrad Veidt danse. Conrad Veidt, Conrad Veidt. 

Entendue un soir sur Europe 1, cette étonnante plage musicale. Entre deux tubes du moment. Jamais réentendue ensuite sur les ondes. Le sens expire, l'expression prime, a ville n'est plus qu'une vitrine... Où Conrad Veidt danse.

Dantzig Twist, la K7 de l'album. Le choc. Un son unique, un climat parfois glaçant, les guitares, le sax. 

Quelques années plus tard, Rue de Siam. Puis le split.

Octobre, Marc Seberg.

Fin des K7. Je n'ai pas les CD du Marquis. Pas réédités.

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Avènement du mp3. Je retrouve des traces. Dantzig Twist. Rue de Siam. Miracle, étonnement, stupéfaction, sidération. Le plaisir est intact. Sans nostalgie. J'ai eu le temps de tout compiler, écouter, découvrir, compléter les espaces vides. En mode quasi-obsessionnel. Mes racines musicales sont le punk et la new wave. Qu'on l'appelle post-punk ou autrement. Ces climats sombres, ce son sec, cette sophistication cette économie de moyens. Tout ce qui renaîtra au début des années 2000. Le retour du rock à guitares. Passion dévorante. 

J'ai quelques années de plus. Le Marquis annonce sa reformation. Un putain d'article de Ouest France. Figé sur place le Dubuc. Sous le choc. Une date, le 16 septembre. Au taquet. 

Evidemment les interrogations subsistent. La reformation est à la mode. Façon take the money and run. Façon nostalgie pour une époque bénie. Parfois à la limite du mauvais goût. The Clash ne se reformera pas. Joe est mort. Les Ramones non plus, tout le monde est mort. Jello Biafra m'a scotché, un soir à Rock en Seine, il y a quelques années. Le choc. Pogoter sur California Uber Alles, hurler Too Drunk to Fuck... On s'était regardés avec un mec de mon âge en se disant qu'on ne pensait pas vivre ça de notre vivant. Pas vu les reformations des Pistols. Avec un petit regret malgré tout. 

Bref.

Mais le Marquis?

Un soir de septembre à Rennes, il flotte un peu. Il fait sombre. 

On s'installe dans la salle. On s'approche le plus près de la scène. On a croisé Obispo. On aimerait croiser Daho, Turboust. On s'en fout un peu. Mais ça serait logique. Sans MdS, pas de Daho. 

Première partie sans grande aspérité, on n'est pas là pour eux. Comment sera le Marquis? Comment sera l'alchimie Pascal-Darcel? Et si... non, on n'ose pas y penser. Ca ne peut être que mythique. 36 ans depuis le dernier concert. Dans la salle, certains te parlent de leur concert de MdS, à leurs débuts. Certains te disent avoir assisté aux prémices de cette reformation. J'ai suivi Republik, le nouveau groupe de Frank Darcel. Pas un titre du Marquis lors des concerts. 

Noir salle. 

La scène vide. Une vidéo hypnotique. Un air d'opéra contemporain. "On s'emmerde" hurle un fan. Celui qui crie "à poil" ou "rock'n'roll" pendant tous les concerts. Toujours le même. Le relou de service. 

Entrée en scène du groupe. Rien au centre de la scène. Juste un micro. Et la silhouette fine de Philippe Pascal apparait. Lentement. 

Comment dire ? Comment décrire la sensation de ce moment ? Set in motion memories. Premier morceau du premier album. Il ne pouvait pas en être autrement. Le son est parfait. Ils sont 5 sur scène. Deux guitares. Pas de clavier. Pas de sax. Ils viendront plus tard. 

Car Marquis de Sade, c'est cette combinaison subtile entre guitares, sax, voix et claviers. Jusqu'à ce jour jamais écoutée en live. C'est l'attitude, la présence, la gestuelle de Philippe Pascal. Il attire la lumière. La voix intacte. Charismatique, souriant. Moins frénétique peut-être que dans les vidéos visionnées au fil des années sur YouTube. Habité. Frank Darcel et Xavier Geronimi, lead et rythm guitar (je ne sais jamais qui fait quoi...). Thierry Alexandre à la basse, Eric Morinière à la batterie. Le line-up d'origine. Ou presque. Ils ont blanchi, se sont un peu épaissis les jeunes gens modernes (qui aiment leur maman). Peu importe, la magie est là. Marquis de Sade c'est une famille, on le verra en fin de concert, avec Christian Dargelos, Serge Papaï, Pierre Thomas, Frakture, Les Nus et Marc Seberg. Pour une reprise hallucinée de White Light / White Heat du Velvet. L'une des inspirations sombres du Marquis. Au final, l'intégralité de Dantzig Twist, avec l'enchaînement en premier rappel de Walls et Conrad Veidt. Avec le faux départ, Philippe Pascal s'interrompant parce que la vidéo ne s'est pas lancée à temps. Et ce final cataclysmique, Hero, cover de Neu! Festival de puissance et de grosses guitares. Quatre titres de Rue de Siam, dont l'immense et quasi-electro Final Fog. Sur l'écran, des projections de dessins de Schiele, d'images noir et blanc, expressionnisme allemand, toujours. Un Nacht und Nebel glaçant, un Japanese Spy (soit-disant pas en place dixit Pascal et Darcel, pourtant parfaitement exécuté).

Presque deux heures de pur mythe. L'envie d'en reprendre encore pour une heure, tant le show n'a souffert d'aucun temps mort, d'aucune baisse de tension. Le groupe s'efface, Philippe Pascal reste seul en scène, les bras en croix, posture christique, il sourit, il est heureux. Le groupe revient sur scène, salut final. Darcel et Pascal lèvent les bras, se tiennent les mains. On se prend à rêver d'une réunion du groupe qui aille au-delà de cette seule date. 

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Le fan sort du Liberté totalement comblé. Avec encore un peu de peine à réaliser qu'il a vu Marquis de Sade. Et que loin d'être une caricature de reformation (avec la moitié du line up manquant, replacé par des requins de studio), il a vu LE vrai MdS. Emotion.  

J’ai à nouveau entre 15 et 18 ans, je ne sais pas bien. Pas de nostalgie. Jamais. Le lendemain, on fouinera dans les bacs à disques d’une brocante rennaise pour y trouver des pépites. Pas pour la collectionnite, juste pour écouter le craquement familier du 33T, pour scruter les credits sur la pochette. On réécoutera Octobre et Marc Seberg, on se plongera dans les méandres de YouTube pour revoir les moments forts de cette soirée mémorable.

La setlist complète du concert.

 

 

 

Lien permanent Catégories : Musiques 2 commentaires

Commentaires

  • Vous décrivez bien ce morceau d'espace-temps que nous avons vécu le 16.
    Une précision, à la batterie c'était Eric Morinière (dit Eric Morgen) et à la basse Thierry Alexandre.
    Quant à Serge Papaï (ou Sergeï Papail), il fut également à l'origine de Fracture (ou Frakture) dont il faut absoluement écouter le 45t (Sans Visage) ; Frakture tourne encor'.

  • Oups, merci pour ces précisions, je vais faire les corrections... Je ne me suis pas relu !

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