Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Diane Arbus et l'envers de l'Amérique

diane arbusJe ne connaissais pas Diane Arbus au delà de ses photos les plus connues, portraits en noir et blanc de travestis ou de vieilles dames aux lunettes et chapeaux 60s. L'exposition qui vient d'ouvrir à la Galerie du Jeu de Paume permet de plonger dans l'univers de cette artiste rare (et chère)... Oeuvre rare, car Diane Arbus l'a construite en à peine 20 années. Et encore. 8 ans même si l'on ne prend en compte que son travail à partir de 1963, moment où elle délaisse le 24x36 pour passer au format 6x6 et réaliser ses fameux portraits posés, carrés, à l'intensité incroyable, révélant regards, rides, brillances, détresse, ailleurs... L'oeuvre est un instantané de l'Amérique des années 60, avec ce qu'il faut de tendresse et de cruauté. Car l'Amérique de Diane Arbus n'est pas celle des tableaux idylliques de Norman Rockwell. Plutôt celle d'Edward Hopper avec une touche naturaliste en plus.

L'Amérique des 60s triomphe, les bagnoles sont chromées, gigantesques, les couleurs éclatent. Diane Arbus photographie les freaks, les exclus, les bizarres... Quand elle arrête son regard sur la bonne société, ce ne sont que portraits de vieilles peaux choucroutées, emperlousées façon arbre de Noël, ou enchapeautées avec petits chiens ridicules en sautoir. Ses modèles sont des nains vieillissants, des travestis démaquillés, des géants, des handicapés, des moches, de gros... Aux antipodes de l'iconographie usuelle de l'Americana. On l'imaginerait presque photographiant le petit joueur de banjo de Deliverance. Diane Arbus se suicide en 1971. Sa dernière série de photos, elle ne la développe pas. Elle sera rendue publique sous le titre Untitled. Sa série préférée selon ses écrits. La plus dérangeante. Prise dans un asile, des tableaux à la Jérome Bosch de handicapés mentaux, déguisés pour Halloween. Regards intenses ou absents, déguisements ridicules, vieux enfants cassés. A croire que Slipknot a trouvé son iconographie dans ce dernier travail de Diane Arbus.

J'ai discuté avec Violaine Binet, biographe de la photographe à propos du regard que portait Diane Arbus sur ses modèles, et dont j'avais un doute sur la bienveillance. Le regard est ambivalent, tendre avec les exclus qu'elle a suivi sur de longues période et dont elle a gagné la confiance, cruel avec ceux qui ont l'assurance que leur confère la naissance ou la classe sociale.

Diane Arbus, Galerie du Jeu de Paume, à voir absolument.

Enjoy!


Envoyé de mon iPad

Lien permanent 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.